Au lever, le ciel tire encore ses couleurs de nuit. Une
bande terre timidement visible glisse à notre côté. Il faut attendre encore une
trentaine de minutes pour voir les premières lueurs du soleil scintiller sur les
côtes rocheuses de l’île de Majorque. Le disque orangé continue sa progression
au-dessus de l’horizon laissant traîner quelques filets jaunes sur les sommets
des montagnes qui dominent la cité de Palma de Mallorca.
Sur le pont, je rencontre quelques passagers. Certains
prennent des photos à la va-vite avec leur téléphone portable les yeux vaporeux
de sommeil, cliché vite fait puis oublié en le publiant pour le fun sur un des
réseaux sociaux mondial. À côté de moi, en retrait, un asiatique filme le lever de l’astre du jour avec un Lumix.
Après le petit-déjeuner, nous revenons à la cabine. Un
brossage des dents rapide, quelques affaires dans le petit sac acheté en
Thaïlande l’appareil photo et le IPad, nous marchons en direction du pont trois
pour découvrir cette cité de Baléares. Après le contrôle, nous parcourons
quelques dizaines de mètres sur une passerelle protégée par un toit en béton.
À la sortie de la station maritime (estacion Maritimo), nous
choisissons un taxi. Nous demandons au chauffeur de nous conduire au château
qui domine la ville. Il nous donne son nom en espagnol « Castille de
Belvedere » ou en catalan « Castell de Bellver ». Le véhicule longe la côte puis tourne à gauche pour commencer la progression sur la colline
qui surplombe la cité. Un portique indique l’entrée dans le domaine du
Belvédère. La végétation remplace les immeubles et les maisons. Des arbustes
typiquement méditerranéens se dressent sur une terre sèche et aride. Le chant
des insectes bourdonne sans cesse.
Nous arrivons au sommet un peu avant les dix heures. Un
rideau d’acier occulte la caisse. Le temps de découvrir les alentours et nous
pouvons régler le prix de l’entrée, quatre euros par adulte. Avec ce sésame en
main, nous marchons vers l’entrée qui se situe un peu plus loin. Un escalier
raide s’élève jusqu’au portique. Nous gravissons la route d’accès réservée pour
les handicapés. Les murs épais imposent leur présence au fur et à mesure que nous
avançons.
Une gardienne valide notre ticket et nous voici transportés dans le premier tour de ronde qui enserre le fort. Ce niveau est vaste et
écrasant sous la chaleur matinale taquinante. Nous marchons vers la gauche et
une montagne de pierres se dresse devant nous. Nous pouvons voir par-dessus la
première muraille d’enceinte la mer et au loin le navire Celebrity
Constellation. Nous profitons de la présence d’une connexion Wifi pour envoyer
une photo de nous deux.
Ensuite, nous déambulons autour de ce monument protégé par
une fosse profonde où devait probablement couler de l’eau. Le donjon, tour
ronde, s’élève contre le bâtiment à quelques mètres de distance et y relié par
un pont arqué en pierre depuis le sommet. Nous entrons dans l’édifice principal
par une passerelle de l’autre côté du monument. Nous pouvons admirer les
doubles fenêtres en forme d’ogive flanquées de fines colonnades.
Le corps principal est composé de deux murs parfaitement
circulaires au centre se trouvant la cour. Le premier chemin est bordé de colonnes
arquées puissamment ancrées sur le sol dallé de la place. Le deuxième,
correspondant au premier étage, les arcs sont partagés par des colonnes plus
fines et travaillées en forme d’ogive.
Au rez-de-chaussée, les pièces sont occupées par des
artefacts retraçant l’histoire de l’île de Majorque des premiers âges jusqu’à
nos jours. La position stratégique des Baléares a longtemps fait de cette
contrée un enjeu dans la politique internationale. Finalement, les souverains
de la Catalogne ont maintenu leur présence jusqu’au XXème siècle.
Au premier étage qui fut les appartements des seigneurs de
l’île, nous découvrons quelques pièces reconstituées telles elles devaient être
pendant la période médiévale. Car pendant la période moderne, le château a été
utilisé comme lieu d’emprisonnement. Le roi Joseph de Bonaparte, frère de
l’Empereur Napoléon premier, y a séjourné après la restauration de l’ancienne
dynastie des Bourbons (comme en France).
Enfin, nous montons au sommet de l’édifice. Une immense
plateforme en forme de disque permet un
panorama imprenable sur la vallée, la ville et la mer. Au centre, nous pouvons
observer la cour avec toutes ses colonnades. Nous apercevons même le navire au
fond dans le port. Au lieu, la cité de Palma de Mallorca semble ramassée sur
elle-même seule la Cathédrale-forteresse se dresse massivement au-dessus du
damier des immeubles.
Ensuite, nous descendons et remarquons les graffitis que les
voyageurs ont laissés à leur passage. La ville a émis un arrêté interdisant
d’écrire sur les murs du château. Nous remarquons quelques dates récentes,
2014, 2002, malgré les caméras de surveillance. Étrange cette envie de laisser
son empreinte sur les lieux historiques ! Est-ce une tentative d'espérer de
passer à la prospérité ? Laisser une trace pour montrer aux générations futures
que nous avons existé ? Je ne le sais pas. Cela me laisse dubitatif et une
tentative bien vaine. Nous quittons le lieu après une visite d’environ deux
heures où nous avons été imprégnés de la magie des anciens murs et de toutes
ses vies qui ont vécu en cet endroit. Lorsque nous sortons, un taxi passe au
bon moment. Nous lui demandons de nous conduire au « Gran Hotel ».
Le véhicule s’arrête devant l’établissement au centre-ville.
Nous voyons l’édifice encore intact se dresser devant nous. Alors nous
traversons la rue pour entrer. Nous avons la surprise de constater que l’hôtel
a été transformé en centre culturel par la société Caixa. Cette banque a
« sauvé » le monument architectural en le restaurant et en
l’aménageant par le biais d’une fondation afin d’y organiser des activités
culturelles. Quelle déception ! Une charmante hôtesse nous explique tout cela
et nous offre un prospectus en français pour plus ample information du
programme du centre.
En face du « Gran Hôtel » nous découvrons un petit
magasin vendant des produits régionaux. Nous nous installons à une table et
nous dégustons un pâté végétal accompagné d’une grande salade. André semble
enthousiasmé par le cadre. Il prend de nombreuses photos.
Ensuite, nous marchons dans la ville à la recherche d’un
café afin d’effectuer de la monnaie d’un billet de cinquante euros pour payer
le taxi. Finalement, nous trouvons un bureau de change qui a l’amabilité de
faire l’opération.
Alors nous décidons de suivre la côte pour rentrer au
navire. Nous découvrons en chemin des hommes effectuant la réparation des
filets de pêche. Puis nous apercevons de loin des moulins au sommet d’une crête
dominant le port. Nous montons vers celle-ci pour nous approcher des édifices.
L’endroit est loin du passage des touristes. Nous observons quelques maisons
basses avec des couleurs pour les distinguer. Nous photographions les moulins
qui semblent abandonnés.
Nous arrivons au niveau de « Hard Rock Café ».
Nous continuons à longer la côte jusqu’à l’entrée de la Station Maritime. Un
navire de MSC vient effectuer une manœuvre d'accostage. Nous continuons jusqu’à
l’entrée du port. Là, nous croisons le flot des passagers du navire MSC qui se
déverse dans le terminal. Nous constatons que cette compagnie est toujours à la
hauteur. Effectuer une escale en fin d’après-midi c’est vraiment se moquer des
gens. Le soleil est au plus haut de sa chaleur, et il ne reste plus beaucoup de
temps pour voir les attractions touristiques qui ferment en général vers six
heures !
Le navire Celebrity Constellation quant à lui quitte le
port vers les quatre heures pour l’île de Ibiza. Nous mangeons au OceanView
Café pour le dîner. L’étoile dorée vole à travers les sabords du buffet. Le
confetti suit son chemin porté par les airs au gré du vent. Attiré
irrésistiblement, malgré sa légèreté, vers les flots de la Méditerranée, il
virevolte vers les vagues agitées.
Ce soir, il n’y a pas de spectacle au théâtre. Lorsque le
soleil se couche, le navire arrive dans le port de Ibiza. Devant nous, une
forteresse imposante garde l’entrée de la baie. Nous voyons de nombreux avions décoller ou atterrir de l’aéroport situé derrière les plages et sa couronne d’immeubles
touristiques. Il est temps d’aller rejoindre notre lit après cette longue
journée de marche.
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