jeudi 6 juillet 2017

Jeudi 6 juillet 2017, Ibiza



Vers midi, nous montons au pont dix, OceanView Café, pour déjeuner. De nombreux convives semblent s’être donné rendez-vous au même moment. André désigne une table. Puis le trou. Je regarde autour de moi et je ne le vois plus. Je ne sais pas ce qui se passe. J’ai comme un moment de panique. Une angoisse me saisit. Ne le voyant plus, je fais le tour du buffet. Je ne reconnais plus les visages. Je n’arrive plus à mettre de noms derrière tous ces visages. C’est vraiment un moment d’intense frayeur. Je fais deux fois le tour d’un sens puis de l’autre sens mais je suis bloqué. Je doute que je puisse repérer André dans ce flot de garçons qui déambulent autour du buffet. Puis je le vois à une autre table. C’est l’incompréhension. Je pense qu’il n’a pas compris ce qui s’est passé. Je suis bloqué dans mon angoisse et n’arrive pas à mettre des mots dans l’instant. Je suis paralysé. Le désagréable moment reste en filigrane pendant un bon moment pendant la journée.

À treize heures, nous descendons du navire. Peu de souvenirs viennent rafraîchir notre mémoire. Nous avons effectué au moins deux escales dans la ville d’Ibiza mais nous trouvons peu d’indices qui permettent de nous remémorer quelques anecdotes. Nous prenons un taxi qui nous conduit au centre de la cité. Il nous laisse juste à l’entrée de la zone touristique. Déjà de nombreux visiteurs déambulent dans les rues.
Sans carte, nous laissons notre instinct nous conduire. Sous une arche, j’aperçois une amphore marron abandonnée sur le sol, un panache de Bougainvilliers aux teintes fuchsia gisant par terre et une tige s’appuyant contre le mur posé à l’intérieur du vase. Nous continuons jusqu’à découvrir l’entrée de la ville ancienne. Nous passons sous une grande porte trouée dans l’épaisseur de la muraille pierreuse.
Nos pas nous amènent vers la première fortification qui domine le port de plaisance là où s’agglutinent les touristes. Le soleil vitrifie le sol glissant à force d’être foulé par des millions de visiteurs. La cathédrale domine le sommet de la colline où cascadent les habitations essentiellement claires. Nous longeons les murs épais de pierre jusqu’à la Place d’Espagne.
Nous trouvons un passage à l’intérieur de la muraille qui nous conduit vers le fortin de Sant Bernât. La falaise de pierre nous écrase de sa hauteur. Nous longeons la côte puis retournons dans la forteresse. Nous atteignons le fortin de Sant Jordi qui domine la mer. Les rayons solaires balaient toute ombre sur la plateforme et la lumière aveugle sauvagement nos pauvres yeux. Le sol devient glissant par endroit, pierres patinées par des millions de pas.
Nous atteignons le fortin Sant Jaume qui offre une vue sur les plages d’Ibiza et son cortège d’immeubles se dressant sur la côte comme un diadème de béton. Le chemin s’incline vers le bas de la vieille cité. Nous effectuons une marche prudente vers le Fortin de Sant Pere. Là, nous rencontrons un couple de garçons qui s’abrite derrière des ombrelles japonaises. Il se fait photographier près des remparts en agitant leur parapluie de papier coloré.
Nous bouclons le tour de la ville en passant de gant le Mace (le musée d’arts contemporains d’Ibiza).
En sortant par la porte principale flanquée au sommet de l’arche des armoiries de la Catalogne, nous nous souvenons du Marché au centre de la place sa forme de temple romain et ses colonnades. Nous continuons de déambuler dans la ville envahie par des touristes comme nous. Finalement, devant le port de plaisance, nous nous installons à une table au bar Mary y Sol pour déguster deux smoothies, un « Detox » pour André et un « Peace & Love » pour moi. Nous observons la vie s’agiter autour de nous.
Après avoir siroté nos deux boissons, nous retournons à la tête de taxis pour en prendre un afin de retourner au navire. Le trajet nous semble moins long. Nous trouvons à la station maritime la distance entre le port et le centre d’Ibiza, environ quatre kilomètres et il estime une marche de quarante-cinq minutes à pieds. J’en doute sous le soleil, je pronostique plus une bonne heure. Avant d’entrer dans le navire, nous voyons un chat sombre s’étirer sur le sol. Tranquillement, il regarde les voyageurs passer.

À 20h30, la compagnie de danse du navire celebrity Constellation Elyria production Show propose son spectacle. Ce dernier nous transporte pour un moment dans un monde où l’imagination, le féérique remplacent notre univers si froid, si raisonnable. Les deux principaux narrateurs représentent la magie avec un sorcier dont le visage est caché dessous un vaste capuchon et son serviteur qui est coiffé d’un crâne humain sur la tête, revêtu d’un tutu noir et d’une voilette sombre. Ils content les parties humoristiques et aussi les moments plus « dramatiques » du spectacle.
Au début, sous une lumière bleue, deux sirènes attirent les navires par leur chant. Elles sont accompagnées l’une par une servante et l’autre d’un serviteur, tous les deux portent des cornes de béliers. Ils sont là pour conduire les victimes dans le royaume sous les flots.
Les captifs travaillent pour une reine sombre qui tombe amoureuse d’un marin. Elle désire son amour en retour en vain. Alors elle en fait un pantin, préférant un amour manipulé qu’un refus. Finalement elle se rend compte de son erreur, cœur emprisonné n’est pas réel.C’est un ersatz d’un sentiment, une illusion. Imposer sa volonté ne lui apporte qu’une existence sans couleur, le sombre.
Puis la reine des sirènes s’élève dans les airs en traînant une longue robe blanche qui s’étend comme une vague crémeuse sur l’océan. Elle chante avec le marin habillé d’un collant noir, d’un corset sombre et d’un débardeur ajouré. Le dialogue entre les deux chanteurs s’effectue sur une interprétation d’un titre de Madonna.
Les petits êtres marins virevoltent dans les airs, deux garçons en tenue minimaliste s’entrelacent suspendus par un fil. Puis le jeu continue avec un couple plus conventionnel. Après bien des péripéties, un certain amour triomphe, un peu trop traditionnel au goût du public pour qu’il emporte son suffrage et son enthousiasme. Le mariage au couleur rouge s’annonce et la musique de Madonna est de nouveau à l’honneur.

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